L’aéroport de Genève date de 1920. Il n’y a plus beaucoup d’aéroports internationaux en service datant de cette époque, et encore moins qui n’aie qu’une seule piste. L’aéroport de Genève est en plus celui au monde qui est le plus proche du centre ville, et donc, qui gêne le plus de gens.

On pourrait penser que cela suffit, qu’il a fait le plein, que c’est déjà trop et qu’il a fait son temps. Eh bien, non !

Le PSIA qui le concerne, et qui va écrire dans le marbre son règlement d’exploitation, et qui devrait être adopté éventuellement en 2018, prévoit toujours la poursuite de son développement, malgré les recours de 2001 qui estimaient alors que c’était déjà trop.

Ainsi, on passerait de 15 millions de passagers en 2015 à 25 millions en 2030. Le directeur de l’aéroport a même parlé de 30 millions de passagers en 2036.

Les cadences de mouvements aériens devraient s’accélérer pour arriver à un atterrissage ou un décollage chaque 90 secondes, et sur une seule piste, et ceci, comme actuellement de 06h à minuit avec une tolérance d’une demi-heure si l’avion prévu a du retard.

Il y a déjà un règlement européen (1) qui exige des contraintes d’exploitation plus sévères pour les aéroports urbains, tel London City, Belfast City, Stockholm-Bromma, Berlin-Tempelhof, mais Genève reste passive. Alors qu’à Berlin, on construit un nouvel aéroport loin de la ville avant de détruire les anciens Tempelhof et Tegel.

D’autres aéroports en Europe, même plus importants que celui de Genève, ferment déjà à 23h, tels qu’Orly, Francfort, voir Zürich.

Donc, contrairement à toute attente, Genève aéroport prévoit de continuer sa croissance et ses nuisances, reflétée par sa consommation annuelle de kérosène qui a doublé depuis 2002 et qui aura triplé en 2030 (2). L’aéroport a consommé 491 millions de litres de kérosène en 2016. Cela correspond à la quantité de carburant nécessaire pour faire circuler pendant 15.000 kilomètres 363.703 voitures diesel à raison de 9 L/100 km.

Mais, savez-vous que le kérosène n‘est pas taxé ? Et ce, partout dans le monde. Le lobby aérien tout puissant a même réussit, lors de la Cop21 à Paris, à ce qu’on n’y parle pas de transport aérien. Si ce kérosène était taxé en Suisse, au taux de 74 cts le litre comme le reste des carburants, cela rapporterait à l’Etat, et seulement à Genève, 363 millions de Francs par an. Il y aurait de quoi rembourser les dettes ou remplir la Caisse de retraite des fonctionnaires.

Le kérosène, c’est du mazout ou du diesel. C’est du lourd et du très polluant. Les moteurs d’avion n’ont pas de catalyseur. Ils relâchent non seulement du CO2, des oxydes d’azote, du carburant non brûlé mais beaucoup de particules fines, et ce, à toutes les altitudes jusqu’à la stratosphère.

Je ne vous parle pas des dégâts pour la santé, mais avez-vous entendu parler du réchauffement climatique ? Eh bien, l’aviation en est beaucoup plus responsable qu’on le dit dans les médias.

Le lobby aérien incrimine les transports terrestres, les industries, le chauffage des particuliers, sauf que ceux-ci sont soumis à des contrôles stricts d’émission de particules, sont équipés de catalyseurs et, en plus, passent de plus en plus rapidement au tout électrique.

Ce n’est pas le cas du transport aérien qui va utiliser le kérosène pour encore des décennies et des décennies. Donc, fatalement, la part du transport aérien dans le réchauffement climatique va continuer à augmenter. Déjà maintenant elle est énorme, mais elle est minimisée parce qu’on n‘arrive pas à mesurer et de là à quantifier les conséquences de toutes ces particules et du CO2 relâché à 10.000 mètres d’altitude.

Tout ce que l’on sait, c’est que le CO2 capte la chaleur, et que relâché dans la stratosphère, il va mettre des décennies avant de perdre cette propriété. Il ne fait donc que s’accumuler avec comme conséquence un réchauffement inexorable.

Vous direz que Genève est bien petite face à un problème planétaire. Sauf que les Genevois et les Suisses voyagent beaucoup, et que proportionnellement ils polluent beaucoup plus que les autres. On estime que les Suisses prennent l’avion deux fois plus que les autres citoyens européens. On a même calculé que chaque Suisse voyage en avion une fois et demi par an pour une distance équivalente à un aller-retour Suisse-îles Canaries (3).

Cet engouement pour les voyages aériens est nocif pour la santé de la planète et celle des riverains. Le procédé le plus efficace pour y remédier serait de diminuer l’offre et la renchérir. C’est-à-dire, interdire atterrissages et décollages entre 22h et 06h ou 23h-07h. Savez-vous qu’ici à Genève il y a eu, en 2016, 10’212 mouvements aériens entre 22h et 06h, soit 5,4% du total, alors qu’en 1998 il n’y en avait que 3’987, soit 2,6% du total. Cette évolution au dépends du sommeil des riverains s’est faite sans consultation aucune de la population. Est-ce normal ?

Un couvre-feu aérien nocturne, dès 22h, permettrait aussi de mettre en pratique les recommandations de l’OMS (dont le siège, oh cocasse ! est à Genève) pour obtenir 8h de sommeil ininterrompu pour un adulte.

On peut aussi renchérir les billets avec une TVA dissuasive (actuellement il n’y en a pas), en taxant le kérosène (comme dit précédemment), en rajoutant une taxe de pollueur-payeur véritablement significative. On peut faire le parallèle avec le tabagisme, contre lequel la seule mesure à peu près efficace a été l’augmentation du prix du paquet de cigarettes.

Vous pensez que cela est impossible, que les milieux économiques vont crier à la faillite ou au chômage, qu’on va tuer par ces mesures la poule aux œufs d’or ? Pas du tout.

Oui, l’aéroport est utile à Genève. Mais sa croissance actuelle dépasse de très loin sa réelle utilité. Nous sommes entrés dans l’ère des vols futiles qui n’apportent rien à la collectivité. La courbe de croissance économique de la région et celle du trafic aérien ne sont pas du tout parallèles. Alors que la croissance économique de la région genevoise est plutôt à la peine, celle de l’aéroport persiste à croitre.

Les voyageurs pour affaire ou pour raison professionnelle prenant l’avion ne sont que 14% du total. Les vacances et plaisirs occupent le 53%, et les 33 % restant sont consacrés à la famille et aux études (4). Les hommes d’affaires étant également des gens ordinaires travaillant aux heures de bureau et se couchant avant 23h.

Le tourisme de façon générale, et tous transports confondus, ne représente à Genève que 3% du PIB (5), un tourisme qui pour la plupart ne fait que transiter par Genève pour aller dans d’autres Cantons. La balance touristique qui d’un côté (actif) représente les dépenses des touristes étrangers en Suisse, et de l’autre (passif) les dépenses des Suisse à l’étranger, penche régulièrement année après année toujours plus du côté négatif (6).

Tout cela pour dire que l’aéroport de Genève ne représente pas du tout le moteur économique qu’il pense être. Depuis 1920, il a représenté pour les Genevois, un gouffre à investissements qui n’a jamais été remboursé.

Actuellement, l’aéroport rapporte à l’Etat 40 millions de Frs par an, dont la moitié provient de l’activité des commerces et des parkings (7), mais il demande 1- 3 milliards de Frs à l’Etat (oui ! des milliards) comme investissement pour pouvoir répondre aux objectifs du PSIA. Au fou ! Mais dans quel monde vit-on ?

Une somme pareille ne sera jamais remboursée et ne fera qu’accroitre la dette déjà colossale du Canton de Genève. C’est sûr qu’une somme pareille fait saliver tous les entrepreneurs du Canton, mais quel en est l’intérêt pour les citoyens ordinaires ?

Nous voyons bien que l’aéroport de Genève, sa situation et son activité créent une multitude de problèmes qui méritent discussions, consensus et décisions. Il n’est pas normal qu’aujourd’hui encore les citoyens ordinaires soient exclus de décisions prises à Berne et qui ont un impact énorme sur le bien-être, leur santé, sur la qualité de l’air. Ce sont principalement les habitants de la Rive droite qui sont impacté et il est choquant de constater que la majorité des représentants au Grand Conseil et au Conseil d’Etat, (6/7) qui habitent sur la Rive gauche, n’ont aucune empathie et compréhension pour les citoyens de l’autre rive et qu’ils se satisfassent de la situation actuelle et à venir.

Il est choquant de constater que certains partis ne pensent qu’au fric et à eux-mêmes.

Le système actuel de représentation au Conseil d’Administration de l’Aéroport n’est qu’un conseil d’enregistrement qui administre mais ne décide pas de stratégie aérienne et qui, en plus, est soumis au secret de fonction, et court-circuite ainsi les citoyens ordinaires.

Nous n’avons pas parlé de bruit, mais cela va de soit. Ce n’est un secret pour personne qu’à Genève beaucoup de personnes souffrent du bruit causé par le trafic aérien. Ce qui est surprenant c’est que cela ne suscite aucune colère dans l’opinion publique, cela n’émeut pas les consciences. Au sein des partis politiques, cela ne se discute, et encore, que dans l’aparté des comités directeurs, et puis c’est si facile de ne rien faire et de se décharger sur la Confédération et le DETEC.

Sachez cependant que le lobby aérien a inventé les courbes de niveau de bruit, que celles-ci sont calculées et non mesurées, qu’elles mentionnent une moyenne de bruit alors que l’oreille humaine n’entend pas une moyenne, mais est affectée par le maximum de chaque bruit. Tout ceci pour faire croire que le bruit est moindre que ce qu’il est vraiment. En plus, les calculs datent de 2009 et ils ont été effectués sur les données de l’an 2000. Et on nous demande d’adopter le PSIA en 2018 sur ces résultats? De qui se moque-t-on ? On n’ose pas en haut lieu mesurer le bruit réel avec de vrais sonomètres et publier les résultats.

Le lobby aérien (toujours lui) noyaute, comme d’autres lobbyistes, et influence tous les parlements mais surtout il occupe et dirige l’OFAC, et donc toute la politique aérienne suisse. La cheffe du DETEC même ne fait que signer leur rapport (8).

Le juge de la Commission Fédérale de recours en matière d’infrastructures et d’environnement avait exigé en 2006 que l’OFAC prenne une décision administrative en 2010 sur le plafonnement des vols nocturnes au niveau de 1998 ou un couvre-feu. Eh bien, l’OFAC en 2012 a décidé qu’il ne pouvait pas décider puisque le PSIA pour Genève n’existait pas encore. Maintenant, en 2017, le protocole PSIA mis en consultation par l’OFAC ne parle non seulement pas du tout de couvre-feu, à 23h par exemple mais pire encore il indique que le bruit des vols nocturnes sera plafonné aux valeurs obtenues en 2020. Donc, le PSIA risque d’être adopté avant que les nouvelles zones de bruit aérien soient connues. L’OFAC est scandaleusement juge et partie, et impunément fait tout pour que les avions volent et toujours davantage. Les riverains ? Elle ne connaît pas.

On nous ment, on nous trompe, on nous vole et l’Etat est complice. Il n’existe plus d’impératif moral en politique et le citoyen n’a qu’à se taire. L’OFAC se comporte comme le bailli Geisler où tous les Genevois et Français devront se plier devant ce PSIA scandaleux. Les élus qui l’ont permis ne méritent pas leur élection et devront rendre comptes.

Que se passerait-il si les vols cessaient à Cointrin dès 22h ?

Les compagnies aériennes ne seraient pas contentes, surtout Easyjet.

Il y aurait une petite douzaine d’emplois en moins.

On ne verrait aucune influence sur le PIB.

Les hommes d’affaires seraient déjà rentrés chez eux.

Skyguide pourrait souffler et la police des frontières aussi.

Les riverains pourraient dormir et profiter d’un environnement un peu plus propre et sain la nuit alors que les habitants de la rive gauche ne remarqueraient rien.

Est-ce trop demander ?

Sinon, la vraie réponse pour ce vieil aéroport, c’est d’avoir le courage de ne le garder que pour le monde diplomatique, celui des affaires et de la finance, comme celui de London-City. Il faut créer au XXIe siècle un nouvel aéroport quelque part au milieu de la Suisse, consacré essentiellement aux charters et compagnies « low-costs », afin d’endiguer la vogue populaire des voyages aériens pour les vacances ou le tourisme, L’aéroport de Genève, avec ses accès déjà saturés et ses contraintes environnementales, n’est pas fait pour répondre à cette demande. Les Neuchâtelois, vaudois, valaisans devraient prendre leur part de nuisances également. L’aérogare de Genève ne peut pas rester le dépotoir aérien unique de la Suisse Romande. Quant aux Français de la Région, ils ont déjà pris plus que leur part puisque le Canton de Genève possède 150km de frontières avec la France contre seulement 4 km avec le reste de la Suisse.

En résumé, contestez le PSIA tel qu’il est conçu actuellement en exigeant d’une part que les vols de nuit doivent cesser entre 22h et 06h et d’autre part qu’il soit inclus un paragraphe exigeant que soit inscrit une approche segmentée en piste 23 sur le petit lac devenant effective dès que les méthodes GBAS seront réglementaires. Qu’entre temps, la méthode Radar autorise le déplacement des trajectoires vers le milieu du petit lac. À ces conditions, l’aéroport de Genève peut survivre et les riverains aussi. Georges Ryser

Références : (1) Directive 2002/30/CE règlement (CE) N° 1137/2008 (2) www.ge.ch/statistique/tel/domaines/08/08_03/T_08_03_5_02.xls (3) www.lematin.ch/suisse/Les-Suisses-champions-des-vols-en-avion/story/10991243 (4) www.globe-trotting.com/single-post/2016/09/30/Tourisme-2015-Chiffres-Clés-et-Tendance (5) http://www.ge.ch/statistique/tel/publications/1999/analyses/communications/an-cs-1999-07.pdf (6) www.rts.ch/.../suisse/8744304-la-balance-touristique-devient-pour-la-premiere- (7) rapport annuel 2016 aéroport de Genève (8) www.bazl.admin.ch/.../politique/politique.../rapport-sur-la-politique-aeronautiq...

Sites Web : www.carpe.ch; www.aragge.ch; www.afrag.org; www.climatgeneve.ch; www.ate.ch; www.atcr-aig.com; www.adra-bale-mulhouse.fr; www.flugemissionen.ch/klug/; ; www.uecna.eu;